YALA - CREATION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                         (c) Arnaud Bertereau

 

 

Un spectacle de Sara Llorca, DeLaVallet Bidiefono, Benoit Lugué et Armel Malonga

 

Avec Sara Llorca, DeLaVallet Bidiefono, Benoît Lugué, Armel Malonga, 

Texte et Mise en scène Sara Llorca

Chorégraphie DeLaVallet Bidiefono

Musique Benoît Lugué, Armel Malonga

Assistanat à la mise en scène Anne Perrin-Thermes

Scénographie et Costumes François Gauthier-Lafaye

Lumières Stéphane Babi Aubert

Son Quentin Fleury - Soundtrip

Dramaturgie Tony Abdo-Hanna

Régie générale François Gauthier-Lafaye

Administration et production Emeline Hervé 

 

Production Compagnie du Hasard Objectif
Coproduction MC93 - maison de la culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny, La Halle aux grains - scène nationale de Blois, Théâtre de l'Arsenal - Val de Reuil 

Soutiens en résidence CDN de Normandie-Rouen, le Tangram - scène nationale d'Evreux-Louviers

Avec le Soutien de la SACD musique de scène, de la Spedidam et de la DRAC Normandie

 

 

CREATION 

- les 27 et 28 janvier à la Halle aux Grains - scène nationale de Blois

- du 2 au 12 février à la MC93 - scène nationale de Seine-Saint-Denis

 

 

RESUME DU PROJET

Pour cette variation sur le thème de l’amour, à la langue poétique, allusive et drôle, Sara Llorca s’entoure du chorégraphe DeLaVallet Bidiefono et de deux musiciens, Benoît Lugué et Armel Malonga, déployant un théâtre pluriel dont les composantes se conjuguent en une transe chorale.

 

Après La Terre se révolte, spectacle qu’elle a co-écrit, Sara Llorca, metteuse en scène et comédienne, affirme une voix singulière d’auteure. La partition qui convoque guitares basses, percussions et danse unit le groove à la poésie, la délectation des corps et des esprits. 

 

 

NOTE D'INTENTION

Sur les traces de Federico García Lorca, j’ai lu et relu son théâtre, à voix haute, et notamment Jeu et théorie du duende ; j’ai parcouru le Sud de l’Espagne ; j’ai humé l’air de la mer ; j’ai touché les pierres du pays de mes ancêtres ; j’ai retrouvé le chemin perdu, celui du rite, du chant, de la danse et de la poésie. Au hasard de mes errances, j’ai découvert le flamenco ré-inventé par Israel Galván : en initiés, les spectateurs attendent le moment. Ils sont prêts. Ils sont avec lui. Ils

le voient. Et lui aussi il les voit. Ils lui laissent le temps de les séduire et de les apprivoiser. Au signal ils se lèvent de leurs sièges. Peu à peu, femmes et hommes se mettent à taper des mains en rythme, à l’encourager. Le feu se propage et bientôt il a gagné toute la salle. De retour devant ma page blanche, je me suis mise à écrire avec la joie éprouvée là-bas. J’ai écrit comme je joue la comédie, comme on crache, pour libérer un souffle, un râle, un rire, sans réfléchir, sans volonté, sans aucune forme de sentimentalité. La forme m’étonne : rien de classique, rien de narratif. C’est plutôt étrange, un rien poétique, un chant d’amour qui se déploie à mesure que je cherche à dire la lutte.


Mon texte est une traversée : comment retrouver l’équilibre après une rupture amoureuse ? J’articule mes dialogues autour de trois figures : La Femme-taureau, Le Visiteur et Le Chœur. La Femme recompose en direct et par fragments une histoire d’amour révolue dont elle peine à se détacher. Elle excite le souvenir. Le Visiteur apparaît alors, tel qu’à l’époque de leur idylle. Elle revoit les étapes successives qui ont mené à la fin. L’histoire d’amour se meut en lutte. Le chœur, complice du public, est une engeance divine. Moqueur et bienveillant, il observe les protagonistes, commente leurs gestes, entre en résonance avec eux.


Je travaille une langue rythmée, proche du rap. J’écris pour les artistes qui seront avec moi sur la scène : DeLaVallet Bidiefono (danseur et chorégraphe), Armel Malonga (chanteur et bassiste), Benoît Lugué (chanteur et bassiste). Je connais notre « son », celui que nous produisons ensemble, au contact les uns des autres, des influences de funk et de rumba congolaise. Nos timbres s’accordent très heureusement, au seuil de la transe. Nos langues se conjuguent naturellement.
J’imagine un espace ouvert et dynamique, proche du concert ou du récital poétique. Sur la scène, il y a très peu d’éléments : un tapis de danse, une toile tendue au lointain, deux basses électriques, un tom-basse, des micros, des amplis. La dramaturgie est fiévreuse : un parcours relais entre les disciplines artistiques, alternance de silences et de développements musicaux, de corps déployés, en prise avec le groove. La structure dramatique repose sur une succession de tableaux. Il n’y a pas d’unité de lieu ni de temps. Un des enjeux de la mise en scène, alliée à la chorégraphie, est le traitement des transitions.

 


Théâtre, danse, musique : depuis plusieurs années, je construis un langage théâtral entre les lignes, issu des anciens, des classiques, augmenté de mes expériences de la scène rock indé, pétri de mes voyages au Congo, au Liban, au Québec, de rencontres de hasard déterminantes. Le théâtre que je produis est cette synthèse, vouée à faire naître un chant venu d’ailleurs, notre « Yala ».

 

Sara Llorca

 

 

EXTRAITS 

LA FEMME TAUREAU Je lutte. / Je suis lutte. / Je suis la lutte. / Mon corps se tord. / Mon corps se hisse. / Mon corps plie. / Mon corps s'arrondit. / Mon esprit aussi. / Je titube. / Je suis emportée par le poids. / Je fléchis. / J'accuse le coup. / Je manque de tomber. / Je manque de me briser. / J'esquive. / Je me redresse. / Je rends coup pour coup. / Je sens le vide autour. / Je suis seule. / J'entre dans le tourbillon. / Je m'évanouis. / Je me ressaisis. / Je prends peur. / Je crie. / Je glisse à nouveau. / C'est bon. / La lutte est belle. / Je m'étourdis. / Je veux me sauver. / Une partie de moi s'accroche. / Je suis pétrifiée. / Je suis ensorcelée. / Mon corps est malade. / Il résiste au feu. / Il cherche à se rafraîchir. / Il cherche à sortir de là. / Il fait sa bulle. / Il est pathétique. / Il est pathétique ce corps amoureux. / Je le regarde frémir. / Je le regarde.

[...]

LE VISITEUR Mais je ne cède pas. / Je marche sur des œufs. / Tu entends ? / Là, sous mon pied, là, les secousses, là. / Les secousses sont dans mon pied. / Mon pied prend les sons, tous les sons. / Et je marche sur des œufs. / Les tirs à l'autre bout. / Ça gronde dans mon pied. / Je marche. / Mon ventre sait. / Les tremblements, tu sens ? / La main de l'enfant, toute petite main lâchée. / La main cherche la main, dans le vent. / Je l'ai. / Dans mon ventre, je l'ai. / Et la blessure de l'homme, je l'ai. / Dans mon ventre, je l'ai. 

[...]

LA FEMME TAUREAU Tu fais claquer. / Tu claques des doigts. / Tu appelles les esprits, là-haut, tout autour pour qu’ils te regardent. / Ils posent leurs yeux sur toi. / Un instant tout s’arrête. / Tu retiens le souffle. / Il n'y a plus rien. / Tu existes. / Au centre des vies. / Plus de séparation, rien d'autre que toi. / Au centre du grand mouvement. / Rien ne bouge. /  Toi, rien d'autre. / Tu es aveugle. / Tu es sourde. / Tu es là. / Tu espères que le là-haut rejoigne le là-bas, en bas. / On te salue. On te visite. On s'empare de toi. / Rendez-vous chez toi. / Les abîmes avalent la lumière ou l'inverse, aucune importance. / C'est le grand choc, la grande confusion. / Un instant comme à l’heure de la naissance, quand rien n’est tout à fait né ou lorsque ça meurt, va mourir dans un instant mais pas encore, pas tout à fait, tu vois ? / Tu rassembles ce qu’il y a d’éclaté par le temps. / Tu relies dans ton corps le haut et le bas, entre le bout de tes doigts et le dessous de ton pied, entre tes fesses, juste là. / Tu n’es plus rien qu'un trou, un passage, une bouche, conductrice d’électricité. /  Tu es traversée.